Site Perso de

Thomas JANNAUD

Des actualités personnelles sous un style impersonnel, et inversement.



Peut-on reprendre les études après 30 ans ?
Guide de survie pour les jeunes vieux 13 Septembre 2019

En 2017, à 31 ans, je reprends des études en parallèle de mon travail. 2 ans plus tard je termine mon master. Si l'idée vous tente aussi, voici le pourquoi du comment, mi guide de survie et mi retour sur expérience.

Plan:
Pourquoi ai-je voulu reprendre ?
Quelles études ?
En parallèle de son travail ou pas ?
Tiendrez-vous le rythme ?
Télé-enseignement
Pourquoi ai-je voulu reprendre ? (version longue)
Juste avant le master
Pendant
- la 1ère année
- la 2nde année (cours)
- la 2nde année (inscription en doctorat)
Après le master : doctorat ou abandon ?
Retour sur expérience

pile de livres apres etudes

2 ans de cours ne peuvent pas tenir dans une seule tête !

Pourquoi ai-je voulu reprendre ?

Je suis passionné par les maths depuis toujours. Cela peut sembler bizarre mais c'est ainsi. [Note: l'article se veut autant générique que possible]

Chaque année j'ai essayé de m'y remettre, mais la vie reprenait toujours très rapidement le dessus. Il faut dire que je ne savais pas trop dans quel but en refaire.
À 30 ans, remise en question oblige, je me suis mis en tête de tout quitter pour suivre ma passion, obtenir un doctorat et peut-être devenir chercheur ou enseignant. Je suis déjà un peu vieux mais encore pas trop : c'est maintenant ou jamais ! Le coup de pouce est notamment venu d'un déménagement : en déplaçant des cartons j'ai retrouvé des cours dans lesquels j'ai eu l'envie irrésistible de me replonger. (pour l'histoire complète voir la version longue)

Quelles études ?

Reprendre ses études demande un investissement très important. Il faut donc bien choisir lesquelles, à quel niveau, etc. Et ne pas foncer tête baissée.

Ayant déjà un master en maths appliquées, j'avais devant moi plusieurs options :

Je raye rapidement l'option "par moi-même". J'ai déjà essayé par le passé de reprendre les études en autonomie totale mais je n'ai pas réussi. Je pense qu'une structure avec des échéances permet de s'imposer un rythme de travail et de ne pas se disperser. Avoir un diplôme à la fin c'est aussi appréciable, ça valide officiellement le travail fourni et même si cela ne change rien à nos connaissances c'est un passeport d'entrée, et parfois le seul possible. Il y aura quelques inconvénients à cela mais je n'y pense encore pas.

L'avantage du master est que je peux me remettre dans le bain en parallèle de mon emploi, que je suis guidé et pas seul devant une feuille blanche, et si vraiment je n'y arrive pas je peux arrêter sans trop de casse. C'est aussi plus simple de convaincre un directeur de thèse de nous prendre si on sort de deux ans d'études que si ça fait 10 ans qu'on n'en a pas fait. Enfin ça permet de faire connaissance ou d'approfondir plusieurs spécialités avant de faire un choix plus définitif.
L'inconvénient est que je "perds" 2 ans d'études, que ça va être généraliste et donc ne pas être utile purement dans l'optique d'une thèse, et qu'au bout de 2 ans je risque de ne pas avoir la force d'embrayer sur 3 années supplémentaires. Ensuite le master n'est pas rémunéré, je dois donc le faire en plus de mon métier et ne peux pas me focaliser pleinement dessus.

Je raye aussi le parcours "physique", j'en dis plus dans la section pourquoi reprendre (version longue)

En parallèle de son travail ou pas ?

C'est quitte ou double. Travailler le soir en plus de son gagne-pain est éreintant, tout le monde ne peut pas. Tout plaquer pour suivre sa passion est éreintant pour son compte en banque, tout le monde ne peut pas non plus.

C'est à vous de voir en fonction de la durée de ce que vous préparez, de votre employeur (un mi-temps est il négociable pour quelques mois ?), de votre situation familiale et des chances de réussite de votre projet. Mais aussi de votre capacité à retrouver un emploi ou de votre personnalité.

Jouer la prudence ou se donner à 100% ?

Par prudence et parce que j'ai une famille à nourrir, j'ai souhaité reprendre en parallèle de mon travail. Je n'étais pas en position de demander un mi-temps mais je voulais tenter l'aventure. J'avais aussi un gros doute sur ce que je ferais après et il y avait une chance non négligeable que je continue dans ma voie professionnelle.

Mais la question se pose réellement. Si vous étudiez en plus du boulot, ça va être beaucoup plus difficile de garder la motivation et de donner le meilleur de vous même. Et si vous échouez vous ne saurez pas ce qu'il en serait advenu si vous vous étiez donné tous les moyens.
Si vous lâchez tout, il ne faut pas que cela vous stresse et vous le fasse regretter pendant les études. Tout comme ça peut aussi devenir une nouvelle source de motivation ("j'ai tout quitté il ne me reste donc plus qu'à réussir dans cette nouvelle voie"). Surveillez quand même vos arrières.

Tiendrez-vous le rythme ?

Vous avez arrêté les études voilà 10 ans, avez vous encore la force ? Serez-vous encore motivé dans 3 mois ? Savez-vous combien d'heures par semaine il va falloir étudier ? Il va peut-être vous falloir réorganiser votre vie drastiquement : à quels sacrifices êtes vous prêts ?

Faites l'essai ! Estimez le nombre d'heures qu'il vous faudrait travailler par semaine si vous franchissiez le pas, ouvrez un livre de cours et faites comme si ! Bien sûr un tel test sur une semaine vaut ce qu'il vaut :

Mais si tenir une semaine est plus facile qu'un an, ce test vous donnera quand même une petite idée et vous permettra d'évaluer votre motivation et votre temps hebdomadaire disponible. Si vous choisissez l'option "en parallèle du travail", il faut être un bourreau de travail et avoir un moral en acier trempé pour supporter sur la durée l'effort quotidien ainsi que psychologique (couple, amis, loisirs). Il faut connaître ses limites mais ceci apprend justement à les connaître ! :)

Télé-enseignement

Par chance, quelques universités en France se sont mises au télé-enseignement. En théorie, les pdf des cours, tds et corrigés sont disponibles et c'est à nous de les étudier. Ce serait bien sûr plus facile avec un professeur mais suivre un cours uniquement grâce aux polycopiés est faisable, en tous cas en maths. Il faut cependant une sacrée discipline.

En pratique, dans mon cas (maths à Paris VI), ça s'est très bien passé pour le M1, beaucoup moins pour le M2. Les cours du M1 sont en effet les mêmes depuis 20 ans donc tout est bien organisé et être à distance n'est pas trop handicapant, tandis que ceux de ce M2 changent quasiment d'année en année et de fait les notes de cours sont souvent inexistantes et il faut se battre pour savoir ce qui a été fait en classe. Il faut donc bien se renseigner à l'avance.

Le site de l'université vantait sa platforme internet qui devait permettre à tous les étudiants d'échanger, de poser des questions sur le cours etc. Finalement elle n'aura pas servi à grand chose, le forum était vide, par contre les professeurs étaient tous très disponibles pour répondre aux emails et c'était très appréciable.

Pour les examens je rentrais à Noël voir ma famille et en profitais pour passer les épreuves en réel. Quand je ne pouvais pas rentrer l'université avait un système un peu comme skype où je passais l'épreuve de chez moi, filmé (et écran filmé) en même temps que les autres étudiants. Habitant aux USA j'ai passé quelques examens de cette manière et encore une fois je remercie l'université pour avoir un tel système.

Pourquoi ai-je voulu reprendre ? (version longue)

[Cette partie est plus personnelle et peut être sautée si vous vous intéressez uniquement à l'aspect 'guide pratique'.]

L'idée de reprendre mes études sérieusement ne m'est pas venue comme ça. Tout part d'une soif inassouvie de maths et d'un constat un peu amer : les métiers que l'on nous a vendus comme demandeurs (ingénierie, banque, assurance, ...) ne suffisent pas à la calmer. Je suis aussi nostalgique de l'épanouissement intellectuel des années prépa qui nous façonne à jamais.
Seulement je me cherchais un peu en finissant mes (premières) études : j'avais besoin d'air et de me frotter au monde du travail et je n'avais pas poursuivi sur un doctorat. Une fois dans la vie professionnelle j'ai caressé cette idée qui m'a toujours trotté dans la tête mais sans jamais oser faire le pas.
Alors je garde un contact lointain avec les maths, faisant des exercices par-ci par-là quand ce bout de moi ressurgit et me crie qu'il ne veut pas disparaître, mais je suis malgré moi incapable de combler ce besoin perpétuel d'apprendre.

À 30 ans, je me remets en question : mon travail répond-il à mes aspirations ?

À l'approche de mes 30 ans, je me remets en question : mon travail correspond-il à ma vocation professionnelle ? Quelle est elle ? Quel est mon rôle dans la société ? Quelle cause aimerais-je servir ?
J'ai une vocation scientifique : j'aime les maths il est vrai mais je me verrais plus faire de la physique (connaissance de l'univers etc) ou de la biologie ('rendre la vue aux aveugles' avec des électrodes dans le cerveau, pollution, ...) bien je sente y avoir moins de talent.
Je suis malgré tout à des années-lumière de mes aspirations : petit ingénieur dans une grande société technologique (et éthique, ce qui est rare), si j'aime énormément ce que je fais je ne fais pas reculer le problème de la faim dans le monde ni du dérèglement climatique. Je sais créer de A à Z une app mais s'il s'agit de réduire le CO2 dans l'atmosphère je ne sais pas par où commencer. Et je suis beaucoup plus concerné par l'environnement que par les réseaux sociaux.

Je commence alors à lire des articles de biologie mais seul face à un thème aussi vaste qu'inconnu je ne sais vite plus où donner de la tête : une définition sur Wikipedia en fait appel à une dizaine d'autres et je n'y arriverai pas tout seul, il faudrait tout apprendre méthodiquement depuis les bases. Projet titanesque que j'abandonne sagement non sans un brin de dépit. Mais l'on ne peut pas revenir en arrière. D'autres en connaissent déjà un rayon et je compte sur eux pour sauver la planète. Merci d'avance !

Je reprends alors gentiment les exercices de maths comme je l'avais déjà fait un peu chaque année sans que ça n'arrive à durer. Mais cette fois je ne compte pas m'arrêter là.
Un peu par hasard, Benjamin, un très bon ami, me fait alors découvrir la chaîne Youtube Science étonnante et ses vidéos (ainsi que d'autres) me donnent un regain d'intérêt pour ma passion scientifique. Viennent ensuite des articles d'actualité comme ceux sur les ondes gravitationnelles, qui parachèvent ma volonté de me ressaisir, de reprendre le contrôle de mon existence et de faire de mes rêves une réalité.
Enfin, comme je le disais, après avoir retrouvé des livres dans des cartons pour un déménagement j'ai eu juste très envie de m'y replonger.

Mieux vaut s'orienter vers une passion certaine que soudaine

Je suis alors écartelé par l'envie de comprendre l'univers qui nous entoure et de faire de la physique (où j'ai quand même déjà de bonnes bases), et des maths (ma matière phare). Je me renseigne beaucoup sur la physique et je me retrouve encore un peu perdu dans la nébuleuse de parcours possibles : atomes froids, physique des particules, nanomatériaux, cosmologie, etc. Tellement de domaines intéressants et si peu de temps...

Curieusement, si je suis mordu de maths j'envisage difficilement d'être chercheur : j'adore lire des cours ou résoudre des exercices mais je ne me vois pas trop être devant une feuille blanche toute la journée dans un bureau poussiéreux. Être dans un labo avec des lasers est plus attirant ! Mais dans la balance je pèse aussi le fait que reprendre ses études est un défi de taille, alors pour mettre toutes les chances de mon côté mieux vaut s'orienter vers une passion certaine que soudaine. C'est aussi en maths que j'ai le moins de retard à rattraper, et il y a des domaines comme l'astrophysique qui m'intéressent énormément et pour lesquels il faut un sacré niveau en maths. Donc autant en faire et voir où ça me mène !

Entre ma remise en question accompagnée de quelques jours de biologie et ce moment, environ 3 mois se sont écoulés. Il faut croire que les astres étaient alignés, car j'avais à nouveau un sens à ma vie.
Je décide donc de m'atteler à mes livres de maths, sérieusement cette fois, avec un objectif clairement défini : obtenir un master et décider après si j'enchaîne sur une thèse en maths pures ou plus proche de la physique, pour enfin devenir enseignant-chercheur.

Juste avant le master

À l'époque je travaillais depuis la France pour une entreprise américaine, et du fait du fuseau horaire j'avais mes matinées de libres mais je devais rester (très) tard le soir.
J'ai donc planché tous les matins et les week-end dès février 2017. C'était difficile de s'imposer un tel rythme mais comme la motivation était là et que je satisfaisais enfin une curiosité intellectuelle endormie depuis des années j'étais en fait pleinement épanoui. J'avais temporairement trouvé un équilibre.

Comme la mayonnaise prenait, en mai ou juin je me suis inscrit à l'université, ce qui est assez simple (en comparaison avec les inscriptions aux USA, cf la section correspondante). En août j'ai déménagé aux USA pour mon travail ce qui fait que j'avais des journées plus "normales", et je devais alors étudier le soir après le boulot au lieu du matin, ce qui m'était plus difficile. Et en septembre j'entamais officiellement l'année scolaire.

Je n'ai pas spécialement essayé de prendre de l'avance sur les matières de l'année, j'ai simplement étudié des thèmes qui m'intéressaient naturellement, par exemple des chapitres non abordés d'un ancien livre de cours. Bien m'en a pris puisque ce que j'ai étudié était parfois réutilisé plus tard.

Pendant

Les 2 années ont été (très) difficiles. Je rentrais éreinté du travail, puis je devais encore travailler 2 ou 3 heures sur des cours ardus. Les week-ends j'étudiais matin et soir, m'accordant les après-midi pour souffler et passer du temps avec ma femme. Car si ce fut difficile pour moi, ce le fut aussi pour elle et pour notre couple.
J'étais stressé en permanence, je n'avais littéralement pas une minute à perdre, et si l'on sortait je surveillais l'heure. J'étais revenu en prépa, à optimiser chacun de mes gestes et de mes habitudes. J'ai quasiment arrêté de sortir, de faire du sport, de me poser et regarder un bon film. Je me refusais d'aller à certaines activités ou événements. C'était dur.
Mais quand je me lance un objectif j'aime me donner à fond. Je voulais m'inscrire en doctorat après et les notes obtenues pendant le master sont déterminantes.

la 1ère année

Je suis surpris d'emblée par le rythme. J'ai beau donner des conseils dans les sections précédentes sur la manière de se préparer et sur savoir à quoi s'attendre, je me suis fait avoir comme un bleu (et justement je partage aujourd'hui ces conseils, a posteriori).

J'attaque donc les polycopiés sans savoir ce qui a été fait en cours, mais je me trouve très lent. Il me faut quasiment passer une heure par page si je veux tout bien comprendre et à raison de deux manuels de 100 et 150 pages, sachant que les examens sont dans 3 mois, cela ne va pas être une promenade de santé. Je me rends à l'évidence : je vais devoir augmenter mon volume horaire hebdomadaire. Fini les vacances, il va falloir se mettre un peu la pression.

Niveau organisation j'ai 2 "cours longs" au premier semestre et aurai 4 "cours courts" au second. 2 cours en parallèle c'est une bonne entrée en matière, ce n'est encore pas trop compliqué à gérer. Il y en a cependant un que j'aime bien et un sur lequel j'ai beaucoup plus de mal (un prof en plus du polycopié aurait bien aidé !). Dois-je faire un peu l'impasse ou dois-je prendre des heures sur l'autre cours pour celui-ci ? Et si je le fais et que je n'y arrive toujours pas, je rate tout ? Dur dur. Je ne m'attendais pas non plus à avoir à faire face à cette situation.
Pour le cours sur lequel je bute j'en viens à lire plusieurs livres différents sur le sujet, et les explications ou exemples supplémentaires m'aident un peu mais ça n'est toujours pas ma tasse de thé. Je me demande parfois ce que je fais là, crevé, seul, à étudier quelque chose que je n'aime pas. Est-ce-que cette matière me sera seulement utile ?

Comme je rame beaucoup je me focalise sur le cours et garde les TDs pour la période de révisions, ce qui est peut être bête mais me semble stratégique sur le moment. J'aurais finalement le temps de finir les cours et les TDs en prenant des vacances qui ne me servent qu'à réviser.

Je suis fixé sur mon niveau très rapidement

Le premier tournant arrive vite, avec les examens début janvier du premier semestre. Énormément de choses s'y jouent. Soit je n'ai pas le niveau et auquel cas je peux poursuivre avec moins d'ambition et moins de pression. Soit je réussis bien et c'est l'inverse.
Malheureusement si j'ose dire c'est ce qui s'est passé : je suis dans les tous premiers ! Mes efforts sont récompensés et j'ai mes chances si je continue sur ma lancée. Cela signifie aussi que je dois faire au moins aussi bien au prochain trimestre et que je ne dois pas baisser la cadence. Ça va être dur !

Le second semestre se passe à peu prêt comme le premier. Comme il y a cette fois 4 cours il faut plus d'organisation pour avancer sur tous les cours en parallèle et ne pas se laisser engluer dans un sur lequel on est moins à l'aise. Car encore une fois il y avait la moitié des cours sur laquelle j'accrochais vraiment et l'autre pas. Je souffre mais (malheureusement encore !) je transforme l'essai aux examens.

Finalement l'année fut très scolaire, je ne me posais pas trop de questions. Le format correspondait à l'idée que je m'en faisais et était dans la continuité des autres années.

la 2nde année (cours)

La deuxième année est plus délicate. Il faut à la fois étudier et s'inscrire à l'année d'après, ce qui demande un temps fou (cf section suivante). Dès le début, le choix de cours s'avère très difficile : il n'y a en fait pas grand chose qui me plaît et parmi ceux-ci, tous ne sont pas disponibles en télé-enseignement ; c'est la barbe. Je découvre alors que Paris VI est spécialisé en géométrie, ce que je ne savais pas car la première année était très généraliste. C'est en fait le cas dans chaque université, chacune ayant sa spécialité de 2e année. On peut heureusement quand même piocher dans les cours de Paris VII.
Deuxième désillusion, beaucoup de cours demandent d'en avoir d'autres en prérequis, on ne peut donc pas trop panacher, et il y a même certains cours que je ne peux pas sélectionner car je n'ai pas suivi le bon cours long en première année. Je réussis malgré tout à me mijoter une combinaison dite "de l'élève qui ne sait toujours pas ce qu'il veut", essentiellement des cours d'introduction à des sujets très variés.

Bonne nouvelle aussi, l'année est découpée cette fois en 4 trimestres et il faut suivre au minimum un cours par trimestre, ce qui facilite l'organisation et diminue potentiellement la charge de travail.
Le revers de la médaille est que si j'ai du mal sur un cours je n'ai pas de soupape de décompression. Devinez quoi, ce fut souvent le cas.
Comme dit précédemment, 2 des cours étaient vraiment illisibles. Je passais énormément de temps juste à essayer de recoller des bribes de références à gauche et à droite en espérant ne pas trop m'éloigner de ce qui avait été fait en classe. Il n'y avait le plus souvent pas non plus de tds. Peut être que les profs improvisaient des exemples au tableau mais je n'y avais pas accès.
Un autre cours était lui très bien structuré mais tellement dur (et sans corrections de TD pour moi) qu'après 3 semaines je l'ai lâché pour un autre mais ça a été mon plus grand succès stratégique.
Enfin au dernier trimestre les profs n'étaient pas disponibles du tout. J'ai étudié un autre polycopié pendant un mois sans qu'ils veuillent bien me dire si ça collait à leur cours ou non. Heureusement c'était un cas isolé : les autres profs _même ceux avec un cours mal construit_ étaient disponibles et serviables.

Il y a autant d'écart entre la 1ère année de master et la 2ème qu'entre la terminale et la math sup

J'aimerais quand même relativiser quant à la "qualité" des cours : la seconde année est faite pour préparer les étudiants à la thèse, au monde réel, où il nous incombe de chercher des références par nous-même, d'être autonome, de creuser les sujets qui nous intéressent, ... Un prof me disait qu'il y a autant d'écart entre la 1ère année de master et la 2ème qu'entre la terminale et la math sup. Donc peut être que j'étais un peu défavorisé en temps qu'étudiant à distance (mais c'est le jeu et je savais pour quoi j'avais signé) mais peut-être que le ressenti aurait été le même en assistant aux cours magistraux.

J'étudie finalement avec très peu de plaisir toute l'année ; je pense plus à valider ou à compléter mes dossiers d'inscription et à en finir qu'à autre chose. C'est un peu triste d'en arriver là car je reprends avant tout par passion et par envie d'apprendre et j'étais satisfait de ma première année. J'attendais le 3e trimestre avec impatience : ça allait être mon premier cours de "maths pour la physique" avec les équations de la relativité générale. C'était finalement le plus brouillon des cours et en plus je n'ai pas trop aimé. Ça a porté un sérieux coup à ma motivation.
Pour couronner le tout je suis fixé sur la suite en février (cf partie qui suit). Cela fait exactement 2 ans que je me suis remis et je décroche alors mentalement. Sans motivation il est impossible de survivre au rythme que je m'impose. Je lève le pied doucement, commence à reprendre mes loisirs, revoir des amis, aidé par des cours moins denses et par le fait que je n'ai plus à faire de dossiers d'inscriptions.
La suite est un long calvaire. Je pensais que tout serait terminé après le 4e trimestre en mai jusqu'où j'ai quand même tenu, et alors que je vois la lumière au bout du tunnel je comprends que je dois effectuer un stage de recherche et qu'il va être plus long que ce que j'imaginais. Adieu vtt, tennis, kitesurf. Adieu été 2019. J'ai un long article à synthétiser (c'est le minimum syndical). Je m'accroche physiquement à mon bureau mais ma tête n'y est plus. Je suis à bout de forces et dépité par le sujet que j'ai pourtant choisi. J'en viens péniblement à bout en septembre après un été peu productif malgré mon abnégation. Mais ça y est ! C'est cette fois fini pour de bon !

la 2nde année (inscription en doctorat)

Il serait temps de lever le secret sur les études. On étudie, oui, mais on passe aussi beaucoup de temps à postuler et à préparer notre sortie (stage de fin d'année etc). C'est même presque plus important que l'année en cours.
Dans mon cas je postulais pour un PhD aux États-Unis (car j'y habite). La clôture des inscriptions est en décembre pour septembre de l'année qui suit, donc il n'y a que la note du premier trimestre qui compte, et on apprend en janvier ou février si l'on est pris. Il reste un peu de pression quand même : les universités font une offre conditionnelle à une bonne continuité de nos résultats scolaires. Je ne sais pas dans les faits ce qu'il en est mais on est quand même plus tranquille une fois les résultats d'admission tombés.

Faire les dossiers pour les facs américaines n'est pas du gâteau. Il faut demander des recommandations à nos professeurs, c'est la partie la plus facile pour nous. Il faut aussi passer le TOEFL, le GRE et le GRE Math, et là attention : si on peut passer le TOEFL à tout moment, les tests GRE ne se tiennent qu'une fois par trimestre, et il n'y a qu'un nombre limité de places. Loupez le coche et vous voilà bon pour vous retrouver 3 ans à Nanterre ou au Havre. Je ne me suis pas préparé autant que j'aurai voulu pour ces tests, c'était eux où ma note de 1er trimestre et le temps me manquait. Mais comme ce sont les mêmes tests pour tous les étudiants du monde je pense cela compte énormément pour nous départager, peut être plus que nos transcripts.

Les dossiers d'inscription prennent un temps considérable, tenez-en compte !

Enfin, la partie la plus contraignante de l'inscription est le fameux "Statement of Purpose". Il s'agit d'expliquer à travers une à deux pages pourquoi vous êtes si intelligent, si humble et si passionné, et que vous savez dans quel domaine vous voulez faire de la recherche alors que vous ne connaissez pas 1% de ce qui se fait. Et j'oubliais : et que vous êtes tellement charismatique et avez tellement l'esprit de partage que vous allez humainement enrichir le groupe d'étudiants.

Selon la légende urbaine, vous pouvez augmenter vos chances et personnaliser chaque SOP en indiquant que vous postulez à l'université X peut être parce que tel prof y fait telles recherches et que vous avez lu ses articles. Mais attention, si ledit prof a déjà trop d'étudiants ils ne vous prendront peut être pas alors il faut être vague ou se renseigner !
J'ai entamé cette recherche mais comme chaque université a des dizaines de profs qui ont tous publié des dizaines d'articles c'est un travail de fourmi que j'ai préféré abandonner. J'ai un agenda déjà très serré et cela aurait en plus été hypocrite et sonné faux : je comptais être pris n'importe où et prendre encore quelques cours avant de me décider, alors autant jouer franc jeu.

Si vous souhaitez continuer en France c'est un peu différent (mais je n'ai pas essayé). C'est plus une démarche de porte à porte, à la recherche d'un sujet qui nous attire avec un prof qui nous plait et qui a une bourse.
Notez qu'en France on "commence tout de suite" par sa thèse et qu'elle dure 3 ans, alors qu'aux USA la première année correspond à notre M2 et qu'on a donc un an pour explorer divers domaines, mais que le tout prendra bien 4 ou 5 ans.

Tout compte fait j'ai bien passé la moitié de mon temps à remplir ces dossiers ou à effectuer des démarches administratives. Et ça aurait pu être plus long si j'avais visé plus large : rien n'empêche de découvrir un nouvel endroit ! Japon, Chine, Australie, Canada, ...

Finalement j'ai été pris à Georgia Tech et à Ann Arbor mais j'ai choisi de ne pas y aller (cf section suivante). Tout ça pour ça ! On est alors en février 2019 et une fois que j'ai pris cette décision le reste de mon année scolaire est vraiment fastidieux, cf section précédente.

Après le master : doctorat ou abandon ?

Reprenons : je suis en dernière année de master, et je viens d'être accepté dans 2 universités pour une thèse. Je serai (modestement) payé pour les 5 prochaines années. Youhou ! Mais je refuse pour plusieurs raisons.

5 ans après que reste-t'il ?

En résumé : après les rêves, la réalité. Professionnellement parlant cela semble être un très mauvais calcul que de continuer. En physique il y a l'air d'avoir quelques débouchés en entreprise mais j'ai exclu ce choix cette année. J'aurais pu m'en rendre compte avant de me lancer mais il est parfois bon de se mentir à soi-même....
J'abandonne donc pour le moment pour toutes ces raisons. Et puis après 2 ans de maths j'ai eu ma dose : j'ai envie de profiter de la vie et non pas de passer à côté.

Retour sur expérience

À mesure que j'écris cet article (le plus long de mon blog sans doute !) une question me revient : si c'était à refaire est-ce-que je le referais ? Je ne sais même pas !

D'un côté je suis très fier de moi, fier d'avoir accompli un travail phénoménal et relevé un défi titanesque. C'est un peu comme finir un marathon, sauf que comme l'effort a été plus long le plaisir dure encore plus longtemps : 3 mois après j'ai encore beaucoup d'émotion. Je suis aussi content d'avoir appris certaines choses qui me tenaient à cœur.

Si c'était à refaire est-ce-que je le referais ?

D'un autre côté, ... tout ça pour ça. C'est avant tout par passion que j'ai repris les études et je me suis retrouvé à bûcher pour valider, sans aucun plaisir ni enseignement, en m'imposant un rythme qui ne me laisse pas le temps d'apprécier les cours à leur juste valeur, pour finalement ne rien faire de ces notes et de ce diplôme. En échange de quoi j'ai délaissé, voire même sacrifié, ma vie personnelle.
Je suis de plus déçu par mon manque de courage. J'initie noblement ma démarche par un "je plaque tout pour faire ce que j'aime", qui se transforme en "je ne vais pas faire ce qui m'attire le plus (astrophysique, physique quantique, ...) mais des maths car c'est moins risqué" et qui se termine par "c'est quand même long et compliqué, je préfère garder mon emploi". Retour à la case départ.

Cela aura quand même été une sacrée aventure. J'ai pu contacter des thésards, me faire une idée de leur quotidien, et surtout je peux répondre sereinement à cette interrogation qui m'a si longtemps taraudé : "et si je faisais une thèse en maths ?". C'est sans doute ce que je cherchais depuis le début et la raison pour laquelle oui, c'était à faire.

Si j'avais quelques conseils, je dirais de vous renseigner un maximum sur la charge de travail, la qualité de l'enseignement et des supports, ce que vous ferez après etc. Et si cela vous parait insurmontable mais que vous avez quand même envie d'essayer, faites le !

J'espère que cet article vous aidera à répondre aux questions que vous vous posez, ou vous apportera le brin de motivation nécessaire pour sauter le pas vous aussi.

Enfin tout ne serait pas complet sans un grand merci à ma femme pour son soutien, ainsi qu'à ma famille et à mes amis. Mention spéciale à l'imprimante du bureau qui a aussi beaucoup souffert.

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