Site Perso de

Thomas JANNAUD

Des actualités personnelles sous un style impersonnel, et inversement.



La guerre contre le coronavirus
Journal d'un rescapé ou d'un condamné ? 23 Mars 2020

Ma femme est chinoise, originaire de Wuhan, berceau de l'épidémie du virus qui se répand actuellement. Alors j'ai su les nouvelles très tôt : le virus qui se répand à vitesse grand V en Chine, les autorités qui construisent 7 nouveaux hôpitaux, les habitants confinés.

Très tôt j'ai été tiraillé entre ma femme qui prenait cette maladie trop lointaine et trop au sérieux à mon goût et qui m'a obligé plusieurs fois à porter un masque, et d'autre part les nouvelles de France qui minimisaient la menace.
J'ai été écartelé entre des informations de sources contradictoires, celles chinoises décrivant ce virus mystérieux comme tueur et hors de contrôle, et nos statistiques : il y a bien eu 50.000 personnes contaminées en Chine mais sur combien de millions ?
Oui son frère en Chine est confiné et au chômage technique, mais c'est parce qu'il y a beaucoup de cas chez eux et qu'ils cèdent à la panique, ça n'arrivera pas chez nous là. Les chauds froids ont continué. On ne construit quand même pas 7 hôpitaux dans la même ville du jour au lendemain sans raison. Mais d'un autre côté les chiffres sont comparables à ceux de la grippe, pour laquelle on ne fait pas tout un plat. D'ailleurs elle ne se propage qu'en hiver.

Il y a encore une semaine nous étions encore au bureau à ironiser de la situation

Agnès Buzyn

J'avais prévu de rentrer en France début mars, ce qui alimentait les tensions. Les jours ont passé, apportant leur lot de nouvelles : le traffic aérien interdit en provenance de Wuhan, puis de Chine, et enfin les premiers cas en Europe.
Puis ça a été l'escalade dans les mesures, tout s'est passé si vite. Des premiers matchs de foot en Italie annulés aux regroupements de 5000 personnes, puis de 1000, puis de 100, puis de 2. Notre entreprise qui nous encourage gentiment à travailler de chez nous, puis le lendemain qui nous force à le faire.

masques disco

Il y a 10 jours à New York lors d'une soirée sur le thème du coronavirus. Eux non plus n'y croient pas.

Il y a encore une semaine nous étions au bureau à ironiser de la situation. On faisait les courses normalement, et par politesse on n'allait pas se mettre à éviter les gens. On n'allait pas non plus faire des provisions, il y a le temps. Mais dans le doute on mettait une écharpe sur sa bouche dans le métro plutôt que d'être le seul à porter un masque. On avait un peu peur mais on ne savait pas de quoi, et surtout on préfèrerait mourir en groupe que d'être ridicule seul.

En une journée tout a basculé. Aujourd'hui certains rayons des supermarchés sont vides. Notre magasin rationne certains produits. Cela fait drôle aux États-Unis, pays de l'abondance. Je regrette de ne pas avoir fait certaines provisions quand il était encore temps, de ne pas avoir cédé à la panique. Alors à mon tour je prends la dernière boîte d'œufs et des bouteilles d'eau pour ne pas se retrouver gros Jean comme devant.
J'ai une pensée pour les pays d'Amérique du Sud qui ont connu pareils moments il y a seulement quelques années des suites d'inondations, d'instabilité politique ou de déflation monétaire soudaine. C'est pour une fois sur les pays riches que le sort a décidé de s'acharner.

rayon vide supermarché

Le pain en tranches a été pris d'assaut, tout comme l'aspirine. Les pâtes et le riz n'ont bizarrement pas eu autant de succès.

Maintenant on sort juste le temps de faire les courses, pas plus, avec un masque, comme si l'air était toxique. Dans la rue les rares personnes s'évitent soigneusement, dans une ambiance apocalyptique (alors qu'au supermarché bizarrement les gens nous collent). Je pense cette fois à la guerre en Syrie. Nous ne sommes enfermés que depuis quelques jours, eux depuis 2011, et dans d'autres conditions, mais il y a intérêt qu'on soit indemnisé pendant nos semaines de chômage partiel.

Un parallèle frappant

Le parallèle de la situation avec les dernières guerres m'amuse. Tout comme les français fermaient les yeux sur les événements en Europe qui les ont précédés, nous avons fermés les nôtres sur la situation en Chine. Nous n'avons pas cru qu'elle s'étendrait jusqu'à nous. Il y a cette progression dans les annonces des gouvernements pour nous faire accepter la situation. Rassurer d'abord, dire la vérité plus tard.
Il y a aussi la ségrégation, des gens normaux de ceux qui sont infectés, contaminés. Oui on les a laissé mourir car il n'y avait pas assez de lits, il fallait bien faire un choix. Et comme on ne peut assister aux enterrements, on les incinérera en masse ou on les jettera dans une fosse commune, qu'importe, ils ne sont plus que des numéros.
Mais encore : le rationnement. Les couvre-feux. Les anglais qui ont tenté de résister jusqu'au bout. Ces informations qu'on s'échange avec nos voisins qui deviennent tout à coup nos amis : "il y aurait encore du PQ dans cet autre magasin'". Ces boîtes de sardines et de haricots dont on a soudain découvert l'existence, rempli notre caddie et qu'on sera heureux d'ouvrir.
Comme nos ancêtres nous n'avons aucune idée de la gravité du problème et de sa durée.
Comme eux nous devons individuellement nous résigner.

La ségrégation, le rationnement, les couvre-feux

Il y a quand même quelques différences majeures : notre ennemi est mystérieux. On ne sait presque rien de lui. C'est d'ailleurs comique de voir à quel point on peut faire confiance à n'importe qui à la télévision puisse t'il porter une blouse blanche. Hier encore il ne fallait pas s'inquiéter. Aujourd'hui, il faut respecteur une distance de 1m. Un mètre en France, deux aux USA. Preuve qu'on n'en sait rien. Souvenez-vous du nuage nucléaire de Tchernobyl qui s'est arrêté en Suisse. Si ça se trouve notre petite toux voyage longtemps et loin.

Incertitude

On se disait qu'on saura dans 6 mois avec le recul si la panique était justifiée. Aujourd'hui, malgré le confinement le doute subsiste encore dans mon esprit : personnes âgées et fragiles mises à part (c'est la guerre !) comment s'y retrouver dans ces chiffres ? Pourquoi ne peut on pas sortir prendre l'air s'il suffit de maintenir une distance d'un mètre ?
Une chose est sûre, c'est parti pour durer. Le gouvernement a dit 2 semaines mais a aussi dit que les écoles réouvriront en mai. On verra. Les jeux olympiques de fin juillet (dans 4 mois !) viennent juste d'être reportés.

Pour l'heure le système continue de tourner ; des ouvriers inconnus prennent des risques pour que l'on continue de manger à notre faim et de s'essuyer dignement le popotin. Et puis si certains rayons sont vides les frigos n'ont jamais été aussi pleins. Alors on accepte gentiment la situation mais à ce rythme qu'en sera t'il dans quelques mois ?

Quelques notes positives

C'est l'une des premières fois que l'humanité toute entière fait face à un ennemi commun, et je trouve ça beau. Aujourd'hui je ne suis pas Français ou Européen, je suis Terrien.

Enfin, mis à part le drame humain que je déplore, je trouve que cette crise sanitaire arrive à point nommé. Écologiquement nous fonçons droit dans le mur. Je suis un brin superstitieux et fataliste, et j'ai souvent pensé que les tempêtes ou les inondations étaient des signaux d'alarme que la planète nous envoie. Alors à chaque fois on écope, on indemnise les habitants de leur voiture ou de leur maison, et le problème revient toujours. Ça ne nous fait pas assez mal pour que l'on se remette en cause ou qu'on anticipe.

Là où les accords de Paris ont échoué, le coronavirus a triomphé.

Laurent Fabius

Et pour la première fois il y a un problème majeur et global dans le présent et non dans le futur. Alors on est forcés d'agir, d'arrêter les usines, les déplacements, de travailler de chez soi. On se contente de peu. Oh ! rien qu'une balade autour du pâté de maisons. Et l'on se rend compte que le monde tourne encore. Plus doucement mais il tourne ! Là où les accords de Paris ont échoué, le coronavirus a triomphé.
Je pense que cela va participer à un certain réveil de la conscience collective, surtout si ça dure. On saurait la chance d'avoir des rayons pleins, on ne gâcherait plus.

Malheureusement si j'ose dire c'est un virus qui nous attaque, pas la pollution ; ça semble tombé du ciel. Alors je ne me voile pas la face sur la manière dont les choses reprendront. Il y a plus de chance que l'on décrète d'éradiquer les pangolins plutôt que de changer notre manière d'être.

Plus de détails sur les ramifications environnementales et éthiques sur cette excellente vidéo :

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